La Neo Geo AES a toujours occupé une place à part dans l’histoire des consoles de salon. Lancée le 26 avril 1990 par SNK, elle avait la particularité d’être techniquement identique au système d’arcade Neo-Geo MVS, partageant avec lui une ludothèque commune. Son prix stratosphérique à l’époque — 58 000 yens à sa sortie au Japon — lui avait valu le surnom de « Rolls Royce des consoles ». Trente-six ans plus tard, SNK et l’éditeur PLAION viennent d’annoncer la Neo Geo AES+, une réincarnation officielle de cette machine légendaire. Ce n’est pas une mini-console de salon avec des jeux préinstallés, ni une émulation déguisée : c’est une recréation hardware à part entière, pensée pour les collectionneurs et les puristes qui ne veulent aucun compromis.
Une architecture ASIC, pas d’émulation : ce qui change tout
Le point central de cette annonce, celui qui distingue radicalement la Neo Geo AES+ de toutes les rééditions rétro du marché, c’est son architecture interne. La console embarque des puces ASIC qui reproduisent fidèlement le hardware original de la console sortie en 1990, sans émulateur logiciel ni FPGA. Le slogan retenu par SNK résume parfaitement la philosophie du projet : No Emulation, No Compromise, No Comparison.
Concrètement, cela signifie que chaque instruction envoyée par le processeur est exécutée de la même façon qu’en 1990, sans couche logicielle intermédiaire qui pourrait introduire de la latence, des approximations sonores ou des comportements graphiques imprécis. La promesse est celle d’un « Hardware Perfect », une expérience identique à celle de l’original. Pour les amateurs de jeux de combat — qui représentent le cœur de la ludothèque Neo Geo — cette précision frame-perfect n’est pas un détail : sur un titre comme Garou: Mark of the Wolves ou King of Fighters 2002, quelques millisecondes de latence suffisent à briser complètement la jouabilité compétitive.
Du côté des sorties vidéo, la machine s’adapte aux deux générations de joueurs. Elle propose une sortie HDMI basse latence en 1080p et une sortie AV classique pour ceux qui souhaitent la brancher sur un téléviseur cathodique. Des DIP switches situés sous la console permettent de basculer entre les territoires (langue, région), d’activer l’overclocking ou de choisir le mode d’affichage. La console sauvegarde de manière permanente les meilleurs scores de chaque jeu via carte mémoire, laquelle ne nécessite plus de pile grâce à une mise à jour silencieuse mais bienvenue. Sur le plan du design, SNK a choisi la fidélité absolue : la machine se présente comme une réplique 1:1 de la console originale des années 90. La console est livrée avec un arcade stick filaire à connecteur 15 broches, lui aussi réplique exacte de l’original.





Dix jeux au lancement, une sélection qui couvre l’essentiel
Dix titres sont annoncés pour le lancement : Metal Slug, The King of Fighters 2002, Garou: Mark of the Wolves, Big Tournament Golf, Shock Troopers, Samurai Shodown V Special, Pulstar, Twinkle Star Sprites, Magician Lord et Over Top. C’est une sélection qui ne se contente pas d’aligner les noms les plus bankables : elle représente un véritable panorama de ce que la Neo Geo a produit de meilleur sur une quinzaine d’années.
Metal Slug (1996) est le run’n’gun de référence de SNK, avec ses soldats qui avancent à pied ou en blindé dans des niveaux bourrés d’ennemis et d’humour absurde. The King of Fighters 2002 est considéré par beaucoup comme le meilleur épisode de la série, avec du versus fighting en équipes de trois et 40 personnages. Garou: Mark of the Wolves, sorti en 1999, est régulièrement cité comme l’un des meilleurs jeux de combat 2D jamais produits, avec un système de « Just Defend » particulièrement addictif.
La sélection inclut aussi des choix moins évidents qui témoignent d’un vrai travail éditorial. Pulstar, sorti en 1995, est un shoot horizontal très inspiré de R-Type, réalisé par d’anciens développeurs d’Irem, et il est d’excellente facture. Magician Lord, titre de lancement historique de la Neo Geo originale en 1990, est aussi de la partie — moins pour sa qualité intrinsèque que pour sa valeur symbolique dans l’histoire de la console. Chaque cartouche physique sera vendue au prix de 79,99 €, ce qui est élevé mais cohérent avec le positionnement premium de la machine, et nettement plus accessible que les prix pratiqués sur le marché de l’occasion pour les cartouches originales, qui atteignent parfois plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros.





Tarifs, éditions et compatibilité : ce qu’il faut savoir avant de précommander
La Neo Geo AES+ est proposée en plusieurs configurations. L’édition standard à 199,99 € comprend la console, un câble HDMI et un bloc d’alimentation. L’édition Anniversary, au design blanc pour les 35 ans de la Neo Geo, est affichée à 299,99 €. L’Ultimate Edition, qui regroupe la console, deux arcade sticks (un filaire, un sans fil), une manette sans fil, une carte mémoire et les dix jeux de lancement, monte à 899,99 €.
La console est entièrement compatible avec les cartouches Neo Geo AES originales, mais pas avec les cartouches MVS, qui utilisent des circuits imprimés et des contacts différents. Pour les collectionneurs qui possèdent déjà des cartouches d’époque, c’est une information capitale : leur bibliothèque physique existante sera immédiatement jouable sur la nouvelle machine. En revanche, on ignore pour l’instant si les nouvelles cartouches AES+ fonctionneront sur les anciennes consoles originales.
Les précommandes sont d’ores et déjà ouvertes sur le site de PLAION, avec une livraison prévue le 12 novembre 2026. Cette date n’est pas anodine : elle place la console en pleine période de fêtes et correspond aux 35 ans de l’AES originale lancée en 1990. La longévité de la Neo Geo originale avait été remarquable : le dernier jeu officiel, Samurai Shodown V Special, était sorti le 19 octobre 2004, soit plus de quatorze ans après le lancement de la console. Avec la Neo Geo AES+, SNK parie sur un hardware pensé pour durer à nouveau, avec un écosystème de cartouches et d’accessoires qui devrait s’étoffer après le lancement.
Pour qui la Neo Geo AES+ est-elle réellement faite ? Pour les collectionneurs qui refusent les compromis de l’émulation et veulent du hardware authentique sous les doigts. Pour les joueurs de 35-50 ans qui ont grandi avec la borne d’arcade du bar du coin et qui n’ont jamais pu se payer la console originale à l’époque. Et pour quiconque considère qu’un jeu de combat se joue d’abord sur du bon matériel, avec un stick arcade entre les mains et zéro latence à l’écran.




