Sega Universe : « No Old, Stay Gold », le retour des licences cultes de Sega

Sega vient d’officialiser une initiative qui devrait faire vibrer tous les passionnés de rétrogaming : baptisée Sega Universe, elle s’accompagne d’un site dédié lancé sur segauniverse.sega.jp et d’une philosophie résumée en quatre mots – No Old, Stay Gold. Le message est clair dès l’introduction du portail : il ne s’agit pas de ressasser le passé avec nostalgie, mais de puiser dans l’ADN des franchises historiques de la firme pour créer quelque chose de nouveau. Sega affirme vouloir remettre en jeu cette énergie brute, parfois chaotique, qui caractérisait ses productions des années 80 et 90. Neuf licences majeures sont au cœur du projet, issues de l’arcade, de la Mega Drive, de la Saturn et de la Dreamcast. Pour les fans de longue date, la liste donne le vertige.

Neuf franchises sélectionnées pour 2026 : un retour aux sources soigneusement choisi

Le site Sega Universe présente neuf licences au cœur de cette initiative pour 2026. Chacune a été sélectionnée pour la place qu’elle occupe dans l’histoire du jeu vidéo, et pas uniquement dans celle de Sega.

Fantasy Zone est apparu en arcade en mars 1986. Jeu de shoot emblématique de Sega, il se distinguait à l’époque par un défilement multidirectionnel libre et un système de boutique pour améliorer son vaisseau — deux mécaniques alors très peu répandues. Le joueur incarnait Opa-Opa, un vaisseau guerrier chargé de défendre la paix de la Fantasy Zone contre une organisation cherchant à construire une forteresse colossale. La révélation finale du jeu avait marqué les esprits à sa sortie.

OutRun a débarqué en arcade en septembre 1986 avant d’être porté sur de nombreuses consoles dont la Sega Mark III. Ce jeu de conduite original propose de se laisser porter par la musique et la vitesse au volant d’un cabriolet de sport, avec pour ambition de faire ressentir le plaisir d’une conduite libre et premium. En 2025, l’annonce d’une adaptation cinématographique par Michael Bay — réalisateur de la saga Transformers — a remis le titre sous les feux des projecteurs.

Streets of Rage est sorti en août 1991 sur Sega Genesis (Mega Drive). Ce beat’em all à défilement horizontal dépeignait de jeunes combattants affrontant un puissant syndicat criminel à mains nues. Le mode coopératif à deux joueurs, rare à l’époque, faisait partie de ses atouts majeurs. La bande-son composée par Yuzo Koshiro a reçu des éloges qui dépassaient largement le cadre du jeu vidéo, avec une sortie sur CD qui en dit long sur la qualité musicale du titre.

Rent A Hero, sorti en septembre 1991 sur Sega Genesis, est un RPG d’action à la prémisse décalée : le héros loue une combinaison lui conférant des pouvoirs surhumains et devient un héros salarié chargé de protéger la ville. Son humour omniprésent et son concept original en ont fait un titre culte, remastérisé en 2000 sur Dreamcast sous le nom Rent A Hero No. 1.

Guardian Heroes, sorti en janvier 1996 sur Saturn, est un RPG d’action dans un univers de fantasy médiévale. Cinq aventuriers ayant mis la main sur une « Épée Légendaire » se retrouvent à combattre un empire aux côtés d’un héros mort-vivant mystérieux. Son système de combat sur trois lignes combinait l’adrénaline des jeux d’action à la stratégie des jeux de combat, pour un résultat unique.

NiGHTS into dreams…, développé par la Sonic Team et sorti en juillet 1996 sur Saturn, proposait une expérience de vol en liberté dans un monde onirique. Des enfants perdus dans un rêve partaient à l’aventure aux côtés de NiGHTS pour protéger Nightopia. Le système A-Life permettait aux habitants du monde des rêves de se comporter comme des êtres vivants — une technologie qui allait plus tard évoluer pour donner naissance aux Chao dans la série Sonic Adventure.

Dynamite Deka (Die Hard Arcade en occident) est sorti en arcade en juillet 1996. Présenté comme le premier jeu d’action entièrement en polygones de l’industrie, il mettait en scène des flics d’élite prenant d’assaut un gratte-ciel occupé par des terroristes pour sauver la fille du président. L’humour démesuré du titre — où balais, horloges grand-père et fusils coexistaient comme armes — en a fait un symbole de l’audace créative de Sega.

Sakura Wars a été lancé en septembre 1996 sur Saturn. Ce jeu d’aventure dramatique se déroulait dans un Japon fictif de l’ère Taïshô où la vapeur avait connu un développement technologique avancé. Il a remporté le CESA Award de 1996 et est devenu le titre original le plus vendu sur Saturn. Son succès s’est étendu bien au-delà du jeu vidéo avec des adaptations en anime, pièces de théâtre, CD dramatiques, romans et manga.

SGGG (Sega Gaga Gaga), sorti en 2001 sur Dreamcast, constitue peut-être la licence la plus singulière de la sélection. Ce RPG de simulation se déroulait dans un futur proche où le joueur incarnait Taro Sega, un nouvel employé de la firme cherchant à lui redonner sa suprématie dans le marché du jeu vidéo. Une auto-parodie audacieuse et émouvante de l’histoire de Sega, qui décrivait avec humour les contraintes budgétaires et les délais serrés de l’industrie vidéoludique.

Un projet qui dépasse le jeu vidéo et s’inscrit dans la durée

Ce qui rend Sega Universe particulièrement intéressant, c’est l’ambition affichée par la firme de ne pas se limiter à de simples remakes ou portages. Le projet entend faire vivre ces jeux et leurs personnages au-delà du medium vidéoludique, en les étendant vers le cinéma, la musique, la mode et d’autres formes de divertissement.

OutRun avec Michael Bay en est l’exemple le plus concret à ce jour, mais la démarche globale suggère une stratégie de marque à long terme, comparable à ce que Nintendo a entrepris avec ses licences au cinéma ou à ce que Capcom fait avec Resident Evil. La sélection des neuf franchises n’est pas anodine. Elle couvre les grands moments de l’histoire de Sega — l’ère arcade, la Mega Drive, la Saturn, la Dreamcast — tout en incluant des titres grand public (Streets of Rage, NiGHTS) et des titres plus confidentiels (Rent A Hero, SGGG) qui répondront à des publics différents.

Cette diversité est un signal fort : Sega ne cherche pas uniquement à capitaliser sur ses franchises les plus vendues, mais à redonner une visibilité à des pans entiers de son catalogue qui méritent d’exister dans le paysage culturel actuel. Le ton adopté par le site est lui aussi révélateur. Le manifeste d’introduction du portail affirme que cette frénésie créatrice est toujours vivante, qu’elle n’a jamais rouillé ni perdu de son éclat, et appelle à recommencer — mais cette fois avec encore plus d’audace.

On est loin du ton muséal que l’on retrouve souvent dans les initiatives de préservation du jeu vidéo. Sega ne veut pas créer un musée de ses classiques, mais les remettre en jeu au sens littéral du terme. Pour les passionnés de rétrogaming, cette annonce pose une question fondamentale : est-ce que Sega peut tenir cette promesse ? La réponse dépendra de la qualité des projets qui sortiront concrètement de cette initiative. Mais le signal de départ est donné, le site est en ligne, et neuf franchises attendent de retrouver leur public — ou d’en conquérir un nouveau.

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