Michael Jackson et les jeux vidéo : l’histoire secrète du King of Pop dans le gaming

Michael Jackson n’était pas seulement le roi de la pop. C’était aussi un passionné de jeux vidéo, au point d’avoir rempli l’un des bâtiments de son ranch de Neverland de bornes d’arcade, et d’en emporter certaines dans ses chambres d’hôtel lors de ses tournées. Cette passion sincère l’a naturellement amené à associer son nom à plusieurs jeux vidéo, en particulier ceux développés par SEGA. Ce que peu de joueurs réalisent, c’est que son empreinte dans le gaming va bien au-delà d’un simple contrat de licence : il a co-développé, composé, joué et prêté sa voix à des titres qui ont marqué une génération entière. Retour sur une collaboration aussi discrète qu’influente.

Moonwalker : quand le King of Pop envahit les bornes d’arcade et la Megadrive

Le premier titre à mettre en avant Michael Jackson est Michael Jackson’s Moonwalker, sorti entre 1988 et 1990 sur bornes d’arcade, ordinateurs et consoles SEGA Megadrive et Master System. Ce jeu est une adaptation officielle du film éponyme sorti en 1988, conçu pour promouvoir l’album Bad, avec l’acteur Joe Pesci dans l’un des rôles principaux.

Le jeu existe en réalité sous trois formes très différentes selon la plateforme. Sur borne d’arcade, il s’agit d’un beat’em all en vue 3D isométrique jouable jusqu’à trois simultanément. Sur console, on s’approche davantage d’un jeu d’action-aventure en 2D avec des phases de plateforme sur cinq niveaux inspirés des clips de l’ère Bad. Sur ordinateurs, c’est une vue du dessus qui était retenue.

La version console fait l’objet d’une importante campagne promotionnelle de SEGA, intégrée notamment à la célèbre campagne « WHAT NINTENDON’T » destinée à positionner la Megadrive face à la NES de Nintendo. Ce jeu représentait une prise de risque commerciale notable pour l’époque : associer une console à une star mondiale de cette envergure était inédit. Le résultat a été salué par la critique et reste aujourd’hui une référence du rétrogaming 16 bits, aussi bien pour sa jouabilité que pour la qualité de ses reprises musicales en 16 bits de Smooth Criminal, Bad ou encore Beat It.

Ce qui distingue ces jeux de simples produits dérivés, c’est le degré d’implication de Jackson dans leur développement. SEGA voulait que la collaboration reste secrète. Une équipe musicale composée de Brad Buxer, Bobby Brooks, Doug Grigsby III, Darryl Ross, Geoff Grace et Cirocco Jones a été montée pour travailler avec Michael. Pendant près de quatre semaines, ils ont créé quelque 41 morceaux au Record One Studio de Los Angeles. Cirocco Jones se souvient que Michael appelait parfois en pleine nuit pour partager des idées ou chanter des mélodies susceptibles d’être intégrées au jeu. Ce niveau de détail témoigne d’un engagement artistique réel, pas d’une simple signature sur un chèque.

Sonic 3, Space Channel 5 et Ready 2 Rumble : la collaboration secrète avec SEGA continue

Au-delà de Moonwalker, Michael Jackson a continué à œuvrer dans l’ombre du jeu vidéo de manière souvent non créditée, ce qui a engendré certains des mystères les plus fascinants de l’histoire du gaming.

Le cas le plus célèbre reste celui de Sonic the Hedgehog 3, sorti en 1994 sur Megadrive. Pendant des années, les joueurs attentifs notaient que plusieurs thèmes du jeu — notamment ceux des zones Carnival Night, Ice Cap et Launch Base — ressemblaient étrangement à des compositions de Michael Jackson. Jackson avait été recruté pendant le développement du jeu pour en composer la musique, mais il est parti sans être crédité, apparemment dans le contexte des accusations portées contre lui en 1993. Son directeur musical Brad Buxer avait indiqué en 2009 que Jackson n’était pas satisfait du rendu sonore de la console.

Trois des six compositeurs crédités au générique — tous issus de l’équipe de Michael — ont fini par confirmer avoir écrit ces mélodies avec le roi de la pop, et des récits détaillent comment ce travail s’est déroulé dans le plus grand secret. Suite au scandale, SEGA a engagé un autre compositeur, Howard Drossin, qui n’a finalement retouché que très peu la musique déjà composée. Ce qui ne laisse aucun doute pour les connaisseurs : c’est bien le beatbox de Michael que l’on entend dans certains passages du jeu. En 2022, Yuji Naka, le créateur de Sonic, a définitivement levé le voile sur ce mystère en confirmant publiquement l’implication de Jackson dans la bande-son originale. La réédition Sonic Origins de 2022 a d’ailleurs remplacé ces morceaux par de nouvelles compositions, privant les joueurs des tracks jacksonniennes dans leur version officielle.

En 1999 et 2002, Michael Jackson fait une apparition dans les jeux de danse Space Channel 5 et Space Channel 5 Part 2. Il incarne Space Michael, un personnage de journaliste spatial en étroite collaboration avec l’héroïne Ulala. Il prête lui-même sa voix et son image au personnage, dont le design est inspiré du clip Scream de 1995 réalisé en duo avec sa sœur Janet Jackson.

En 2000, Michael Jackson fait également une apparition cachée dans Ready 2 Rumble Boxing : Round 2 en tant que personnage bonus secret. Pour ce jeu, il a participé directement au développement avec des séances de capture de mouvements et des photos numériques pour modéliser son personnage. Deux exemples qui illustrent la cohérence de son engagement : chaque apparition était accompagnée d’une vraie contribution créative.

Scramble Training et l’héritage oublié : les projets confidentiels avec SEGA

La relation entre Michael Jackson et SEGA ne s’est pas limitée aux jeux grand public. Il existe un chapitre bien moins connu de cette histoire, longtemps enfoui dans les archives.

Au début des années 1990, Michael Jackson et SEGA ont renforcé leur partenariat pour créer un film interactif destiné à la machine arcade AS-1 (Advanced System-1), une borne de huit places sur vérins hydrauliques conçue pour les parcs SEGA World. Dans cette attraction, Michael Jackson guidait les joueurs à travers une expérience de simulation spatiale et avait également composé la bande originale de ce projet baptisé Scramble Training.

L’AS-1 a connu un succès mitigé, et c’est surtout le scandale qui a éclaté autour de la star qui a condamné le projet à une certaine confidentialité. Pendant des décennies, il ne subsistait qu’une vidéo de mauvaise qualité filmée à l’écran. C’est finalement un collectionneur qui a acquis une cassette professionnelle D2 provenant d’un ancien employé de SEGA lié au SegaWorld de Londres, permettant enfin de redécouvrir ce projet en haute qualité.

Cet épisode résume bien la trajectoire de Michael Jackson dans l’univers du jeu vidéo : des collaborations pionnières, menées avec un vrai investissement artistique, mais régulièrement obscurcies par les controverses qui ont entouré sa vie personnelle. Après sa disparition en juin 2009, Ubisoft sort en 2010 Michael Jackson: The Experience, un jeu de rythme sur Wii, PS3 et Xbox 360, permettant à quatre joueurs de reproduire les chorégraphies du roi de la pop sur 26 de ses plus grands hits, avec les paroles affichées à l’écran. Un hommage commercial, certes, mais qui témoigne de la durabilité de son aura dans la culture populaire vidéoludique.

Ce que l’on retient de cette histoire, c’est la constance d’un artiste qui ne voyait pas dans le jeu vidéo un simple support publicitaire, mais un médium à part entière, capable de prolonger et d’enrichir son univers. Ses compositions pour Sonic 3, ses captures de mouvement pour Ready 2 Rumble, ses nuits de studio pour Moonwalker : Michael Jackson a contribué à l’histoire du jeu vidéo avec le même soin qu’il mettait dans ses albums. Une dimension de son œuvre qui mérite d’être connue et reconnue.

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