Crazy Taxi est l’un des jeux d’arcade les plus emblématiques de la fin des années 1990. Sorti sur les bornes Sega en 1999 avant d’être porté sur Dreamcast, PlayStation 2 et GameCube, il a marqué toute une génération avec sa formule simple mais addictive : embarquer un maximum de passagers, foncer à travers la ville et encaisser le plus de pourboires possible avant que le chrono n’arrive à zéro. Si le jeu a déjà connu une adaptation sur Game Boy Advance, personne n’avait encore osé imaginer ce qu’il donnerait sur le Game Boy original, avec ses contraintes techniques extrêmes et son écran en nuances de vert. C’est désormais chose faite grâce à Taxi Boy, un demake développé par le studio espagnol PCNONO Games, sorti en mai 2026.
Ce qu’est un demake et pourquoi Crazy Taxi s’y prête parfaitement
Un demake, c’est l’opération inverse du remaster : au lieu de moderniser un jeu ancien, on le recréé sur une machine encore plus ancienne que celle sur laquelle il est né. L’exercice est à la fois technique et artistique, et il connaît un regain d’intérêt certain dans la communauté rétrogaming depuis une décennie. Des jeux comme Halo 2600 (Halo sur Atari 2600) ou Pokémon Quartz ont montré que contraindre un jeu complexe à tourner sur du matériel limité pouvait donner des résultats surprenants, souvent plus intéressants à analyser qu’à jouer. Crazy Taxi, avec sa boucle de gameplay immédiate et répétitive — choisir un passager, foncer, arriver à temps — se prête idéalement à cet exercice de réduction. L’essence du jeu tient en quelques mécaniques simples, ce qui facilite la transposition sur une machine dont le processeur tourne à 4,19 MHz et dont l’écran ne peut afficher que quatre nuances de gris… ou plutôt de vert.
Le Game Boy original, sorti en 1989 au Japon, n’a jamais été pensé pour accueillir des jeux d’arcade frénétiques. Pourtant, son catalogue recèle des prouesses techniques remarquables, d’Operation C à Gargoyle’s Quest, qui repoussaient les limites de la machine. C’est dans cette tradition que s’inscrit Taxi Boy : prendre quelque chose de grand, le comprimer, et en extraire l’essentiel.
Ce que Taxi Boy propose concrètement
Taxi Boy reprend la structure fondamentale de Crazy Taxi : choisir son chauffeur, trouver des passagers, accumuler des courses et atteindre la destination avant l’expiration du temps imparti. Mais PCNONO Games n’a pas fait un simple copier-coller appauvri. Le joueur doit suivre un GPS pour naviguer dans la ville, trouver le meilleur itinéraire et éviter les véhicules qui arrivent en sens inverse. Une mécanique absente de l’arcade originale a également été intégrée : la gestion du carburant, qui oblige le joueur à faire des arrêts aux stations-service, ajoutant une couche de gestion absente du jeu de Sega.
Le jeu propose trois personnages jouables distincts, onze personnages au total dans l’univers du jeu, et cinq voitures différentes à débloquer. La bande-son originale, composée par Narcisound, habille l’ensemble d’une identité sonore propre plutôt que de tenter de reproduire à l’identique les morceaux punk-rock qui caractérisaient l’arcade. Des rampes de camions permettent de sauter par-dessus des bâtiments ou d’accéder à des zones différentes de la ville, ce qui offre une verticalité inattendue pour un jeu conçu pour le hardware du Game Boy. Comme dans toutes les versions du jeu, percuter d’autres véhicules fait perdre de la vitesse et du temps, ce qui reste au cœur de la tension arcade.
Sur le plan visuel, le jeu adopte l’esthétique DMG classique : sprites en nuances de vert, interface minimaliste, animations économes en pixels. C’est exactement ce que les amateurs de demakes recherchent — non pas une imitation de la Dreamcast sur 160×144 pixels, mais une réinterprétation fidèle à l’esprit du Game Boy. La lisibilité est maintenue, les éléments de l’interface sont clairs, et le rythme du jeu reste suffisamment nerveux pour que l’on reconnaisse l’ADN de Crazy Taxi dès les premières secondes.
Disponibilité, prix et édition physique à venir
Taxi Boy est disponible sur Windows, Mac OS, Linux et Android, et peut être acheté sur Itch.io au prix conseillé de 3,99 €, avec la possibilité de payer davantage si l’on souhaite soutenir les développeurs. C’est un modèle de distribution courant pour les projets indépendants de cette nature : accessible, sans DRM, et sur une plateforme qui a longtemps été le port d’attache des créateurs de demakes et de jeux de niche.
PCNONO Games a également annoncé qu’une édition physique serait disponible prochainement. C’est une information importante pour les collectionneurs : une cartouche Game Boy de Taxi Boy dans une boîte soignée, c’est exactement le type d’objet qui trouve naturellement sa place aux côtés des productions officielles Nintendo dans une collection rétrogaming. Les éditions physiques de jeux homebrew et de demakes connaissent un marché florissant depuis plusieurs années — des boutiques spécialisées comme Limited Run Games ou Incube8 ont montré qu’il existait une demande réelle et durable pour ces objets. Si PCNONO Games suit cette voie, Taxi Boy pourrait devenir une pièce de collection à part entière.
Pour les amateurs de Crazy Taxi qui n’ont jamais possédé de Game Boy, le jeu tourne parfaitement sur émulateur — ce qui est d’ailleurs probablement la manière dont la majorité des joueurs l’expérimenteront sur PC. Pour ceux qui disposent encore de leur console d’origine ou d’un Analogue Pocket, jouer à Taxi Boy sur le vrai hardware est une expérience qui vaut le détour, et les 3,99 € demandés représentent un ticket d’entrée raisonnable pour un travail de développement qui témoigne d’une vraie maîtrise des contraintes de la machine.
Taxi Boy est disponible dès maintenant sur itch.io.











