NESCD, le lecteur CD-ROM que Nintendo n’a jamais offert à la NES

5 novembre 2026

Au début des années 1990, le CD-ROM était la grande promesse du jeu vidéo. Sega branchait un lecteur sous sa Mega Drive, NEC misait sur le support avec sa PC Engine, tandis que Nintendo restait fidèle à la cartouche. Sa NES, elle, n'a jamais eu droit au moindre lecteur de disques. Plus de trente ans plus tard, un bricoleur connu sous le pseudonyme de Throaty Mumbo a comblé ce vide avec NESCD, un socle qui permet à la console 8 bits de démarrer des jeux et de jouer de la musique depuis un CD. Le plus étonnant, c'est que tout fonctionne vraiment, et que la console n'a pas besoin d'être ouverte. Aucune ambition commerciale derrière tout ça : son créateur explique l'avoir fabriqué « just because! », pour le défi. Ce n'est pas son premier exploit de ce genre, puisqu'il avait déjà convaincu une Dreamcast de lire des DVD.

Comment une NES non modifiée arrive à démarrer un jeu sur CD

Le secret de NESCD tient en un mot : la ruse. La NES n'a aucune idée qu'un lecteur optique est branché sous elle. Elle continue de croire qu'une cartouche ordinaire est insérée dans sa fente, et c'est précisément ce que lui fait croire une EverDrive N8 Pro. Ces cartouches, bien connues des joueurs, chargent habituellement des fichiers depuis une carte mémoire. Ici, elles servent de relais entre le disque et la console.

Sous la machine, le socle cache une carte électronique conçue par Throaty Mumbo autour d'un microcontrôleur RP2350B. Elle pilote un lecteur CD-ROM IDE classique, avec sa nappe à 40 broches, comme ceux qu'on récupérait autrefois dans les tours de PC. Quand un disque est inséré, la séquence est la suivante :

  • la carte récupère le jeu gravé sur le CD ;
  • elle le transfère à l'EverDrive par le port USB de la cartouche ;
  • elle ordonne ensuite au menu de l'EverDrive de charger ce jeu et de le démarrer.

Pour la console, rien ne distingue cette opération d'une partie lancée depuis une vraie cartouche. La démonstration du projet le prouve avec Super Mario Bros., qui démarre depuis un simple CD-R. Il faut bien comprendre la nuance : l'extension n'ajoute aucune puissance de calcul et ne transforme pas la NES en machine 16 bits. Elle change le support de stockage, rien de plus côté graphismes.

Toute la partie visible a été pensée pour respecter le matériel. La console ne reçoit ni soudure ni découpe : on la pose sur le socle, comme on posait une Mega Drive sur son Mega-CD. Le boîtier, imprimé en 3D, s'offre même le look d'un périphérique d'époque, avec tiroir à disque, bouton d'éjection et molette de volume. THM Magazine y a d'ailleurs reconnu un air de Mega-CD version Nintendo. Pour un collectionneur, c'est l'argument majeur : sa NES reste intacte et retrouve sa configuration d'origine en quelques secondes.

Bande-son en qualité CD, lecteur audio et vidéo, ce que l'on gagne vraiment

Si l'image ne change pas, le son, lui, fait un bond. La puce sonore de la NES est célèbre pour ses mélodies chiptune, mais elle a été pensée pour des sons synthétisés, pas pour diffuser un morceau enregistré en qualité CD. NESCD contourne cette limite d'une manière astucieuse. Un octet de la mémoire de la cartouche sert de point de rendez-vous : lorsqu'un jeu adapté veut changer de musique, il y écrit sa demande. La carte du socle repère ce changement, va chercher la piste voulue sur le disque et l'envoie dans le port d'extension placé sous la console, un connecteur que presque aucun accessoire officiel n'a exploité.

Ce choix n'était pas le premier envisagé. Throaty Mumbo pensait faire passer l'audio par l'EverDrive, mais la bande passante USB de la cartouche était trop faible pour un flux de qualité CD. Le port d'extension s'est révélé plus adapté, d'autant qu'il permet de mélanger la musique au son d'origine de la console et d'en ajuster le niveau, ce qui explique la molette en façade. Les amateurs de Super Nintendo reconnaîtront le principe : RetroRGB le rapproche du MSU-1, cette puce virtuelle qui ajoute des musiques enregistrées à certains romhacks, comme F-Zero Community Grand Prix.

Deuxième usage, plus inattendu : la lecture de CD audio du commerce. En choisissant le disque dans le menu de l'EverDrive, on lance un petit lecteur de musique qui transforme la NES en chaîne hi-fi. Son concepteur reconnaît lui-même, avec un brin d'ironie, que c'est sans doute l'utilisation la plus concrète de son engin. La vidéo de présentation montre enfin de la vidéo plein écran, bien sûr avec la résolution, la palette et la cadence d'images limitées de la console. Cette fonction ne sera pas diffusée : elle repose en partie sur une analyse du code de la démo Bad Apple!! Ultimate NES Demake, créée par le studio Something Nerdy, qui n'a pas encore rendu son travail public. Le studio compte le faire après la sortie de son jeu Former Dawn, et Throaty Mumbo a choisi de ne pas lui couper l'herbe sous le pied.

Construire son propre NESCD, mode d'emploi et limites à connaître

Bonne nouvelle pour les bricoleurs : tout est disponible gratuitement depuis fin août, sous licence MIT, qui autorise la copie, la modification et la redistribution. Le dépôt GitHub fournit de quoi reproduire l'appareil de A à Z :

  • les schémas électroniques et les fichiers du circuit imprimé, conçu autour d'un module Pimoroni PGA2350 ;
  • les fichiers des sept éléments du boîtier à imprimer, plus des étiquettes pour la finition ;
  • le firmware de la carte ;
  • un jeu de démonstration et ses quatre pistes musicales ;
  • des utilitaires pour convertir des fichiers audio, préparer des images disque et les graver.

Ces outils ouvrent une porte intéressante : n'importe qui peut fabriquer ses propres CD en combinant une ROM NES avec une bande-son de son choix. Côté budget matériel, il faudra tout de même posséder une EverDrive N8 Pro, un lecteur IDE de récupération et une imprimante 3D, ou un service d'impression. L'alimentation passe par un adaptateur Molex, et la console peut ensuite être alimentée soit par le socle, soit par son bloc secteur habituel.

Le créateur ne présente pas son appareil comme parfait, loin de là. Un câble USB sort à l'avant de la machine, ce qui gâche un peu l'illusion d'un accessoire d'époque. Plus gênant, une fois un disque lancé, impossible de revenir au menu de l'EverDrive, car la NES ne sait pas se réinitialiser par logiciel. RetroRGB tranche avec humour : ce n'est clairement pas pratique, mais c'est fascinant.

Il y a enfin une jolie histoire derrière l'idée. Throaty Mumbo voulait au départ recréer le lecteur CD de la Super Nintendo, ce projet mené avec Sony puis abandonné, dont l'échec a poussé Sony à créer sa PlayStation. Il a finalement trouvé plus amusant de remonter d'une génération et d'offrir le CD à la NES.

Les fichiers du projet se trouvent sur le dépôt GitHub de NESCD.

Source : Rom Game

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