Le 1er juillet 2026, Sony Interactive Entertainment a mis fin à des décennies d’histoire vidéoludique en annonçant l’arrêt de la production de disques physiques pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Passé cette date, les futures sorties ne seront plus disponibles qu’au format numérique, via le PlayStation Store ou chez des revendeurs proposant des codes de téléchargement. Une décision qui ne concerne pas les jeux déjà commercialisés ou prévus avant cette échéance, mais qui referme durablement la parenthèse physique ouverte en 1994 avec la première PlayStation. Pour les passionnés de rétrogaming et de préservation vidéoludique, cette annonce soulève des questions concrètes sur l’avenir de la conservation des jeux, la disponibilité du marché de l’occasion et la constitution des bibliothèques de demain.
Ce que Sony a officiellement annoncé
L’information a été communiquée par Sid Shuman, Senior Director of Content Communications chez Sony Interactive Entertainment, dans un billet publié sur le PlayStation Blog. Le communiqué précise que la production de disques physiques pour l’ensemble des nouveaux jeux sortant sur consoles PlayStation cessera à partir de janvier 2028. Sony justifie ce choix par l’évolution des préférences des consommateurs et du secteur du divertissement en général, qui se détournent progressivement du support physique au profit du numérique. Un chiffre communiqué en parallèle illustre cette tendance : au dernier trimestre de l’exercice fiscal 2025, 85 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5 s’effectuaient déjà en version dématérialisée. Cette bascule touche également l’écosystème plus large de l’industrie : Capcom indique que 93 % de ses ventes totales sont désormais réalisées en numérique, avec une projection à 94,5 % pour l’exercice en cours, tandis que Microsoft annoncerait des chiffres comparables sur Xbox.
Le calendrier de cette transition s’accompagne d’une seconde annonce, révélée le même jour : la fermeture du PlayStation Store sur PS3 et PS Vita, prévue pour juillet 2027. Ces deux consoles ne permettront alors plus l’achat de nouveaux titres numériques, ce qui illustre concrètement la fragilité des catalogues dématérialisés : lorsqu’une boutique ferme, c’est un pan entier de ludothèque qui devient inaccessible à l’achat, même si les jeux déjà téléchargés restent en principe utilisables. L’ironie de la situation n’a pas échappé aux observateurs, puisque Sony est historiquement l’un des acteurs ayant le plus contribué à la démocratisation des supports physiques dans le jeu vidéo : co-développement du CD avec Philips dans les années 1980, imposition du CD face aux cartouches dès la première PlayStation, rôle moteur de la PS2 dans la démocratisation du DVD, puis victoire du Blu-ray porté par la PS3 face au HD-DVD. Voir aujourd’hui ce même acteur acter la fin du disque marque un renversement stratégique pour une entreprise qui a longtemps incarné la culture du support tangible.
Un marché de l’occasion et une distribution physique fragilisés
Au-delà de la question patrimoniale, cette décision a des répercussions économiques directes sur toute la chaîne de distribution du jeu vidéo physique. Le marché de l’occasion, qui permettait d’acquérir des titres récents à prix réduit quelques mois après leur sortie, est mécaniquement menacé : un jeu numérique ne se revend pas, ne se prête pas et ne s’échange pas entre joueurs. Les enseignes spécialisées comme Micromania, dont l’activité repose en grande partie sur la vente et le rachat de jeux d’occasion via son programme Retromania, se retrouvent directement concernées par cette transition, dans un contexte déjà fragilisé par les difficultés de sa maison mère GameStop en Europe.
En France, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) notait pourtant, dans son rapport 2025 publié en avril dernier, un attachement persistant des joueurs français au format physique par rapport aux autres marchés européens, les ventes de « software physique console » représentant encore environ 7 % du marché global du jeu vidéo. Une étude du même syndicat datant d’octobre 2024 indiquait même que 67 % des joueurs déclaraient préférer le format physique. Cette annonce va donc à contre-courant d’une partie non négligeable de la base de joueurs, tout en s’inscrivant dans une logique économique clairement assumée par l’éditeur : suppression des coûts de fabrication, de stockage et de logistique liés au pressage des disques, et centralisation des ventes permettant une collecte plus fine des données comportementales des joueurs. Le cas de Grand Theft Auto VI, dont l’édition physique annoncée sur PS5 et Xbox Series ne contiendra qu’un code de téléchargement et non un disque Blu-ray, préfigure déjà la direction empruntée par une partie de l’industrie avant même l’échéance de janvier 2028.
Quels enjeux pour la préservation et le rétrogaming
C’est sur le terrain de la préservation vidéoludique que cette annonce prend tout son sens pour la communauté du rétrogaming. Un disque ou une cartouche conservent, tant qu’ils existent physiquement et qu’une machine peut les lire, une preuve tangible qu’un jeu a existé sous une forme précise, à un moment donné. Un jeu uniquement disponible en version numérique, à l’inverse, dépend entièrement du maintien en ligne d’un service de vente et de mise à jour : sa disparition d’un catalogue peut intervenir du jour au lendemain, sans laisser de trace physique exploitable par les structures de conservation. La fermeture programmée du PlayStation Store sur PS3 et PS Vita en juillet 2027 illustre ce risque de façon très concrète, un an avant même l’entrée en vigueur de l’arrêt de production des disques.
Cette évolution renforce mécaniquement le rôle des musées du jeu vidéo, des associations de préservation et des projets d’émulation, qui s’appuient historiquement sur l’existence de supports physiques dumpables pour constituer des archives pérennes des œuvres vidéoludiques. Pour les collectionneurs et les amateurs de systèmes comme EmulationStation, Batocera ou Recalbox, la question se déplace : les jeux PlayStation sortis avant janvier 2028 resteront documentables et conservables via leurs supports physiques existants, mais les futures générations de titres nativement numériques échapperont largement à ces méthodes de conservation traditionnelles, sauf évolution des pratiques de dump et d’archivage adaptées au tout-dématérialisé. Reste à savoir si Microsoft, déjà largement engagé sur cette voie avec Xbox, et Nintendo, plus attaché au format physique via ses cartouches, suivront une trajectoire comparable dans les années à venir, ou si le disque continuera d’exister en marge, porté par les collectionneurs et les initiatives de sauvegarde du patrimoine vidéoludique.




